lundi

Chapitre 2.2: 

Avant la pierre, vint le bois... L'on travaillait cette ressource naturelle pour en faire des outils très utiles, mais aussi des protections efficaces. Pourtant ce n'était pas infaillible, la moindre flamme mettait en péril la structure protégée, la piégeant dans un brasier mortelle, étouffant. Les penseurs de ces jours furent bien obligés de s'adapter, et vint le temps de la pierre qui s'éleva vers le ciel, prête à affronter toutes les attaques imaginables, immuable en un sens. Bien évidemment rien n'est infaillible mais c'est ce qui est resté pour la ville de Kens'enserrah, une immense muraille faite de ce matériau solide au possible, émerveillant les yeux qui se posaient sur elle tant elle criait aux visiteurs, de par sa majestuosité, sa hargne et sa volonté à défendre la ville. Malgré tout, on pouvait voir ça et là des effritements et impacts de projectiles dont la nature inconnue ne laissaient pourtant aucun doute au fait que de nombreuses batailles avaient fait rage par ici.
Bien que Suzanne et Lucas restèrent de marbre face à la muraille face à eux, les deux autres membres du petit groupe s'extasiaient devant un tel travail militaire qui avait dû prendre au moins un quart de siècle à se faire...
"Quand nous arriverons aux portes de la ville, laissez-moi faire. Je vous avais expliqué que les humains d'ici étaient différents, vous allez très vite comprendre pourquoi..." murmura Lucas en prenant son Luger en main.
La seule femme du groupe laissa échapper un regard inquiet en direction de son confrère Anglais, la nécessité de l'arme ne laissait rien présager de bon.

Akiro restait, quant à lui, toujours aussi silencieux, plongé dans une forte introspection.
Arrivés à quelques mètres des larges portes lourdes faites de bois et d'acier, le manieur d'armes à feu mis ses mains en porte-voix et interpella une présence invisibles:
"Hey! Vous, aux portes! Ouvrez!! Ou je refais tout sauter comme la dernière fois!"
Son regard fixait un point imprécis sur la muraille et son ton menaçant et glacial achevait de donner du garçon la représentation d'un adulte froid et implacable. 
Pourtant malgré cette menace, le silence le plus total s'installa et ne fut brisé que quelques secondes plus tard par une explosion, semblant provenir du haut des portes. D'un mouvement fluide et incroyablement rapide, Allen se glissa devant Suzanne et la repoussa en arrière d'un grand coup de coude alors qu'il plaçait son sabre de gauche vers le bas, paume de la main vers l'avant, se protégeant de la garde du sabre. Tout cela n'avait duré qu'un dixième de seconde.
"T'es malade!" hurla la jeune femme tombée par terre, en rage.

Mais son expression changea lorsqu'elle vit le sabre tomber au sol, brisé au niveau de la garde, en millier de morceaux dont l'un d'eux était un petit objet métallique qui devait être une balle venant d'une arme à feu, en même temps qu'Allen s'effondrait au sol en tenant son bras de sa main droite, elle ne le voyait que de dos, mais le visage du garçon reflétait une intense souffrance sous la forme d'une grimace crispée. Lucas avait assisté à la scène d'un œil calculateur, les réflexes du jeune Anglais avaient été impressionnants...il avait fait ses preuves. Il dressa son arme vers la muraille et tira, il n'avait pas pris la peine de viser, calculer l'origine du coup de feu avait été simple grâce à la trajectoire qu'avait parcouru le projectile; son doigt pressa la détente, déclenchant l’inflammation de la poudre que contenait l'arme, l'explosion qui suivit projeta une fusée miniature dorée qui alla se ficher à l'intérieur même de l'arme qui les menaçait un peu plus tôt, la traversant de part en part pour la rendre hors d'usage avant de stopper sa course dans la main droite de son porteur qui poussa un cri de souffrance terrible qui résonna à des lieues de là.
"Ils devraient nous ouvrir maintenant." dit simplement Lucas en s'avançant vers la construction de bois qui, en effet, s'ouvrit devant lui, découvrant une rangée d'hommes en armures fines constituées de cuir et de bronze finement ouvragé, le visage caché par un masque blanc portant pour chacun des symboles différents à la signification encore inconnue. L'un d'entre eux, dont l'armure se voulait plus imposante s'approcha et héla Lucas d'une voix profonde et grave:
"Tu as dépassé les bornes cette fois Ank'hi! Tu as failli tuer un de mes hommes!"
Sans se laisser démonter, l'interpellé répondit glacialement:
"Cela ne serait pas le premier qui périrait sous mes tirs, capitaine. De plus, je tiens à vous signaler que vous avez tiré sur l'un de mes équipier qui, s'il n'avait pas eu un réflexe aussi parfait que celui là, serait sûrement mort. Et je ne peux me permettre de perdre cet élément précieux de mon équipe."
Secouant la tête, l'autre se tourna vers ses hommes et cracha des mots dans une langue inconnus qui ressemblait à des sifflements, et ceux-ci dégainèrent leurs armes, des armes à feu de toutes sortes, en passant du simple revolver au fusil d'assaut.
Lucas se mit à rire en voyant cela, mais Suzanne, qui avait attrapé Akiro dans ses bras alors qu'Allen s'était redressé et avait dégainé son autre sabre, ne voyait pas cela d'un bon œil du tout, elle n'aurait pas été contre une bonne bagarre, mais il s'agissait d'armes à feu dans un nombre trop grands pour les mettre toutes hors d'état avant que l'un d'entre eux ne soit blessé voir tué...surtout ce pauvre Akiro...
"Aucun Ank'hi ne rentrera! Faites demi-tour où vous mourrez."
Lucas semblait très confiant mais son sang bouillonnait en lui, ses calculs rapides le menait à la même pensée que Suzanne: ils ne s'en sortiraient pas, du moins pas indemne.

Le Chinois, semblant sortir d'une longue torpeur ouvrit ses yeux en grand, frappé par une révélation mystérieuse, et se dégagea de l'étreinte de la jeune femme pour se précipiter vers le capitaine masqué alors que toutes les armes étaient braquées sur lui. Suzanne voulut le rattraper mais Allen leva son arme pour l'empêcher d'avancer et elle lui cracha quelques jurons étouffés... Lucas, lui, observait l'asiatique courir vers une mort certaine, satisfait de ne pas avoir à se donner la peine de la provoquer.
Pourtant personne ne tira. Le garçon s’arrêta à quelques centimètres du capitaine et fixa le visage, ou plutôt là ou il devait se trouvait, de ce dernier.
La rosace noirâtre qui parcourait le masque étincelant de blancheur était faites de courbes gracieuses et on aurait pu croire à un entrelacs artistique de lianes, en regardant correctement cette peinture étrange on pouvait distinguer deux point sombres, deux trous, permettant au porteur du masque de voir. C'était cela que fixait Akiro, et avec une telle intensité qu'on aurait pu croire qu'il tentait de percer le crâne de l'homme de son regard. Les deux Anglais ne voyaient pas ce qu'il se passait, mais le fils Kahn remarqua que les pupilles du faible garçon avaient pâlies, jusqu'à devenir d'une transparence quasi-lumineuse, perdant toute nuance de couleur, l'océan s'était purifié pour devenir un ciel sans nuage, respirant la tranquillité, le calme et la joie de vivre. Le capitaine fut parcouru d'un frisson, secoua la tête, se retourna vers ses hommes et lâcha deux mots, eux aussi incompréhensibles, qui les fit baisser leurs armes et se disperser dans la ville.
"Ne faites pas de conneries que vous regretteriez une fois à l'intérieur." murmura-t-il aux Terriens avant de faire demi-tour lui aussi pour s'enfoncer dans la ville.
Le manieur d'armes à feu était stupéfait, était-ce ce faiblard aux yeux bridés qui avait fait ça? Ce ne pouvait être que ça! Ses yeux avaient changés subitement, pourtant ce n'était pas explicable scientifiquement donc tout à fait impossible... Peut-être qu'au final, ce crétin de capitaine avait-il fini par être attendri par le Chinois et n'avait pas voulu faire couler le sang.

Suzanne donna tout à coup un grand coup de pieds dans le dos de son majordome qui s'étala au sol et elle en profita pour accourir auprès du jeune asiatique qui semblait être entré dans une nouvelle transe, elle le prit dans ses bras et enfoui sa tête dans son cou. Il avait les yeux fermé et elle cru l'entendre murmurer "les papillons"...
"C'est quoi cette histoire?!" explosa soudain Allen en se relevant avec l'aide de son sabre de droite, son bras gauche semblait blessé à la manière dont il le laissait retomber.

"Pourquoi on nous a attaqué de la sorte?"
Lucas rangea le Luger à sa place et se détourna pour répondre.
"Pour les gens d'ici nous sommes des Ank'hi. Après quelques recherches, j'ai découvert que dans leur langue il s'agissait de genre de démons. Ils arrivent à sentir que nous ne sommes pas comme eux et ça leur fait peur. Les premiers jours tout s'était pourtant à peu près bien passé mais ils ont eu quelques soucis par la suite... Des conflits avec des territoires ennemis, des épidémies, ce genre de tuile. Et la dernière fois ils m'avaient accusé de provoquer tout cela. La religion est une si bonne chose, résoudre les problèmes en accusant les gens différent de provoquer le mal. Bref, vu qu'ils me refusaient l'entrée je n'ai eu d'autre choix que de forcer l'accès. Cela a été assez violent, malheureusement. Et aujourd'hui je reviens avec d'autres Ank'hi, ce n'est vraiment pas bon pour eux. Ni pour nous, à vrai dire. Enfin, ce qui compte c'est que nous avons libre accès à la ville."
Suzanne le fusilla du regard.
"Nous dire tout cela avant aurait pu être plus utile! A cause de toi on a failli tous y passer!! Abruti!"
"Mais personne n'est blessé. Et comme nous avons plus important à faire, cessons de parlementer sur le passé et agissons pour notre survie."
La jeune femme voulut répliquer mais Allen prit les devants.
"Il a raison. Même si je n'aime pas ses manières. Nous ne devons pas perdre de temps, qui sait s'ils ne vont pas changer d'avis à l'intérieur, nous aurons tout notre temps pour nous disputer après."
Ainsi, tout fut dis et malgré la colère qui électrifiait l'atmosphère, chacun se dirigea dans la ville...le souvenir de la prouesse étrange d'Akiro s'effaça des mémoires, et le ciel reprit une apparence d'océan, un océan agité par le battement d'ailes de millier de papillons.


Lucas avait eu le temps qu'il lui fallait pour imaginer le plan qui ferait disparaitre Akiro. Il suffisait de profiter des conflits entre les humains et cette autre race étrange... Un camp se tenait non loin d'une des sorties de la ville réputée pour être un véritable coupe-gorge. Le garçon n'aurait aucune chance.
Dans un grand sourire complice qui ne lui allait pas du tout il donna ses instructions.

"Voici des pièces d'or, le nombre d'unité est gravé dessus, cela sera simple pour vous de les utiliser. Suzanne et Allen vous irez dans la rue de gauche, vous devriez tomber rapidement sur un artisan forgeron, le plus réputé de la ville pour remplacer le sabre qui a été brisé et acheter ce dont vous pourriez avoir besoin pour vous défendre à l'avenir. Je m'occuperai de l'allée centrale pour ce qui est des provisions, la nourriture locale est spéciale et vu mon expérience il vaut mieux que je m'occupe de choisir nos futurs repas. Quant à toi, mon garçon, tu iras dans les quartiers de droite, c'est l'endroit le plus sécurisé de la ville donc tu t'en sortiras parfaitement, il faudrait que tu trouves un médecin pour récupérer des kits de survie, au cas où l'un de nous finirait blessé. Demande lui aussi une attelle pour le bras de l'Anglais. Mais il te faudra aller loin pour le trouver... Il est dans une maison aux abords de la ville, à l'extérieur. Mais cette zone est on ne peut plus sécurisée par les nombreux gardes qui y circulent. La porte est toujours ouverte en journée vu qu'elle est de toute manière difficile d'accès pour des personnes ne traversant pas la ville."
Akiro sourit en retour et hocha la tête pour faire comprendre qu'il acceptait sa mission avec joie et s'enfuit dans la direction indiquée avant que Suzanne ne proteste sur le fait qu'il soit seul.




48 heures après la disparition d'Akiro.

"On n'aurait jamais dû le laisser partir seul!! Je savais qu'il ne s'en sortirait pas!" hurla Suzanne le visage ravagé par les larmes.
Allen restait muet, il n'avait jamais vu celle qu'il aimait se laisser emporter ainsi par ses sentiments.
Lucas réprimait du mieux qu'il pouvait un sourire carnassier et laissa tomber la sentence:

"Cela fait deux jours. On ne le retrouvera jamais. Akiro est mort. Je suis désolé."
Le ciel s'assombrit subitement, un orage terrible se préparer et c'était certain qu'il durerait un bon moment...
Réactions :

1 commentaire: