dimanche

Chapitre 2.3: 

Quelle surprise avait eu Akiro lorsqu'il comprit enfin comment libérer les papillons en lui, cela était si simple, il lui avait suffit d'être à l'écoute de lui même.
Il ne comprenait pas exactement le fonctionnement de cette capacité extraordinaire que cela lui avait procuré mais il se sentait enfin complet, il arrivait par un simple échange de regard à provoquer le plus pur et le plus sincère sentiment amoureux qui pouvait exister chez une personne. Lui ne partageait pas cet amour, ce qui était bien plus pratique.
Mais le mieux était le fait qu'il pouvait effacer ce sentiment aussi facilement qu'il le faisait apparaitre, ainsi aucun mal n'était fait.
Le garçon aux yeux bridés suivit les instructions de Lucas à la lettre, il sortit par la porte comme convenu, l'endroit était sous haute surveillance et les gardes qui trainaient là lui jetèrent un regard intrigué à son passage...
Devant lui s'étendant une large clairière, il n'avait pas d'autre alternative que de passer par là puisque la zone alentour était faite de ravins des plus dangereux.
Mais aucun médecin ne se trouvait là...à la place, il rencontra une bande de créatures mi-humaines mi-animales, des loup-garous comme nous les aurions appelés de nos yeux d'êtres terrestres mais moins affreux et effrayant que l'on aurait pu les dépeindre, ils étaient en tout point semblable à l'Homme: la posture, la gestuelle, la manière de s'exprimer, la musculature, la physionomie en elle-même. Ce qui était différent était la pilosité forte, noire et la tête de loup dont les yeux scintillaient d'une rare intelligence.
Leur comportement pouvait s'y apparenter aussi, agressifs et sournois, ils attaquèrent le pauvre garçon qui ne put se défendre, ses yeux n'eurent qu'à peine le temps de luire qu'il se prit un coup sur le sommet du crâne et sombra dans les abysses de l'inconscience.

***
"Je pense que nous y sommes..." soupira le garçon aux cheveux noirs.
Devant lui s'étendait Kens'enserrah, la ville fortifiée. Il n'avait jamais vu si grande muraille mais après tout il n'était ici que depuis quelques jours et il ne doutait pas que d'autres merveilles l'attendait. Le soleil commençait à se coucher, et l’ocres emplit le ciel se mêlant à ce qui était, il y a peu encore, du bleu. Le jeune homme secoua la tête, ils n'était pas ici pour faire du tourisme, il avait une mission, et le seul moyen d'accéder à soin objectif était de traverser la forêt... Oui, il entendait les appels de l'artefact au loin, et ne pouvait donc pas se tromper, c'était la bonne route. 
"Nous devrions nous presser, l'artefact ne nous attendra pas éternellement."
Le garçon acquiesça vivement de la tête et se remit en route.
Un seul détail le gênait...une telle ville devait être remplis de Gras. Même dans ce monde la société était désagréable.
"Gabriel, seul l'âme peut prétendre être riche... Qu'importe les biens."
Venant d'un fantôme, Gabriel se dit qu'on ne pouvait s'attendre qu'à ce genre de réplique.

***

Lorsqu'Akiro se réveilla, sa tête le faisait atrocement souffrir, et le bourdonnement dans ses oreilles lui laissait comprendre qu'on l'avait assommé mais qu'il était encore en vie. Avait-il rêvé? La cage à peine assez grande pour lui s'asseoir dans laquelle il se trouvait ne le menait qu'à une seule conclusion, et pas des plus réjouissante... Pourtant il garda son calme, se frotta le crâne et s'assit pour voir où il se trouvait. Il n'était visiblement pas seul, puisque autour de lui étaient réunis en cercle d'autres de ces loups-garous, habillés de bijoux et de pagnes, ce qui lui rappela le dieu égyptien Anubis. Face à lui, celui qui semblait le mieux habillés, ornés d'un long collier de multiples rubis et affublé d'une large couronne d'or et de pierreries, doté d'une musculature impressionnant et d'un charisme aussi sauvage que l'animal qu'il représentait, ne laissait pas place au doute quant à son rang dans le groupe, c'était lui le chef. Il prit d'ailleurs la parole en voyant que le Chinois s'était éveillé, sa voix rauque emplissant le peu d'espace qu'offrait la sorte de tente dans laquelle ils se trouvaient.
"Stupide humain. Je te trouve bien présomptueux pour avoir osé t'aventurer sur notre territoire. Ton jeune âge ne nous empêchera pas de te mettre à mort. Ce sera au contraire un bel exemple à donner à tous les autres de ton espèce, par ton sang tu feras comprendre que la survie n'est qu'une question de soumission. Mais pour autant ton égo humain sera des plus comblé puisque c'est moi qui vais réduire ton âme en miettes... Peu d'humains ont eu le privilège de périr entre les mains du roi des Canins."
Encore sonné, le jeune garçon eut un peu de mal à assimiler tout ce qu'on venait de lui dire... Pourquoi allait-on le tuer? Qu'avait-il fait de mal? Le roi des Canins? Qu'est-ce que cela voulait dire? Les autres allaient se demander où il était passé... Lui-même ne pouvait répondre à cette interrogation. Il lui fallait filer et vite.
Il se tourna vers l'un des membres de la caste et le fixa dans les yeux, relachant les papillons en lui pour forcer son regard à percer l'âme.
"Vous ne pouvez pas laisser faire ça." souffla-t-il.
La créature, apparemment de sexe féminin au vu du morceaux de tissus qui maintenait fermement une poitrine bien développée, sembla frappée de plein fouet dans l'estomac car elle se recula d'un bond, le regard tremblant, les mains crispées et tous les muscles bandés. Les autres la regardèrent avec surprise alors qu'elle se relevait, le regard fixe, comme perdu dans le vague... Elle attrapa une dague à sa ceinture d'un geste simple mais gracieux, et le pointa en direction de son seigneur.
"Vous...ne pouvez pas tuer ce garçon!"
Le roi découvrit alors des crocs impressionnant, d'un blanc éclatant, qui donnaient l'impression qu'il souriait de manière cynique mais le grognement qui s'échappa de derrière cette dentition était moins rassurant. Les autres Canins firent de même, d'un octave plus bas, laissant la supériorité à leur chef. Elle seule ne saurait jamais faire face à ses compagnons qui devaient être tous parfaitement entrainés au combat.
Akiro fit alors face à un autre Canin, avec le regard du ciel, poignardant son cœur de la dague tranchante de l'amour, puis un autre, et un autre. Il avait maintenant quatre alliés, le roi aussi cruel pouvait-il être ne pouvait pas sacrifier autant de ses sujets qui n'étaient ici qu'au nombre de dix. Ceux-ci se dressèrent à leur tour, arme au poing face au roi.
Pourtant, ce dernier ne se démonta pas, il ricana d'une manière qui n'augurait rien de bon.
"Saloperie de prêtres! On ne peut donc pas vous faire confiance... Vous êtres trop sensibles. Je ne vais pas avoir le choix que d'appeler les soldats pour mettre fin à cette rébellion."
Puis il ponctua sa phrase d'un jappement aiguë qui devait être l'appel pour demander des renforts. Et, en effet, un groupe de soldats armés de lances de fer et habillé de plaques de métal arriva aussitôt dans la tente, ils étaient seulement cinq, un peu maigre pour des renforts mais il fallait avouer que le peu de place qu'offrait la tente n'aurait pas suffit pour accueillir tout un bataillon. Cela sembla pourtant irriter le seigneur qui s'exclama:
"Bon sang! Où sont les autres troupes!?"
Les soldats se regardèrent gênés de ne pouvoir donner une réponse à leur chef.
"Incapables! ...qu'importe. Arrêtez-moi ces prêtres, ils ont voulu attenter à ma vie, retardant le sacrifice de cet humain... Et je déteste attendre."
Au moment où les soldats s'approchèrent des prêtres rebelles, un souffle de vent ouvrit la porte de toile de la tente, révélant l'arrivée d'un visiteur.
Ce n'était pas un Canin, ou du moins il était habillé différemment, une lourde et solide armure rouge sang faites de plusieurs plaques d'acier assemblées les unes sur les autres dont la seule touche réellement décorative était ces traits noirs peint sur les plaques des bras s'allongeant jusqu'aux épaules en se torsadant, le tout surmonté d'un casque rouge métallisé comme celui d'un samouraï mais dont le visage était caché par une plaque de métal noire avec seulement deux trous au niveau des yeux mais trop fins pour distinguer les pupilles de la personne derrière. Autour du cou de l'armure était joints deux bras musclés de petite taille, raccrochés aux épaules au-dessus desquelles une tête aux cheveux extrêmement courts et noirs, aux traits fin de ceux qu'on voit chez les enfants et pourtant tirés comme ceux qu'on voit chez les plus malheureux d'entre nous, observait avec intensité la situation qui se présentait devant elle...

"Bonsoir, je me prénomme Gabriel. Je tenais à m'excuser d'avoir eu à ôter la vie de vos hommes mais ils ont préféré la guerre à la discussion. Je me permet donc de réitérer ma demande... Je cherche la couronne du seigneur de ces lieux, je n'en ai besoin que pour quelques secondes, et il serait très aimable de votre part d’accéder à ma demande."
Le silence qui suivit cette demande surprenante et inattendue fut presque comique, et Akiro aurait rit s'il ne sentait pas qu'autour de lui la tension augmentait et que la patience du roi venait de fondre comme du beurre au soleil; ce dernier se redressa d'un coup et cracha dans un jappement terrifiant:
"Cette fois c'en est trop! Tuez-moi ces humains et ces prêtres! Que ce chaos prenne fin...maintenant!"
Le gamin sur l'armure secoua sur la tête et s'adressa à son porteur en bougonnant.
"Tu vois, même si je parle comme eux avec toute la politesse que je peux avoir, les Gras restent des Gras, humains ou non."
Et il sauta par devant son compagnon, face aux soldats qui se mirent en garde, et plongea sa main dans...du vide! Sa main venait de disparaître dans l'espace, devenant invisible aux yeux...mais il la fit réapparaitre rapidement, la sortant de ce trou invisible, accompagnée d'un épée à double lame, ce genre de bâton avec deux tranchants aux extrémités, très difficile à manier en apparence mais dont le porteur semblait parfaitement se servir vu la manière dont il le fit tournoyer autour de lui.
"Il est temps d'en finir avec ça." murmura-t-il avant de s'élancer d'un bond.
Le réflexe premier des soldats fut de frapper vers leur ennemis, qui, par un habile jeu de jongle de son arme, bloqua le coup d'un coté de son épée pour frapper de l'autre, bondissant ainsi d'ennemi en ennemi, slalomant entre les prêtres qui n'eurent pas le temps de dégainer ou même de prévoir son passage pour frapper et finit par arrêter sa course face au seigneur des lieux. Les soldats étaient encore debout quand il atteignit sa cible puis tombèrent, genou au sol, une plaie béante à l'abdomen. Gabriel ne se retourna même pas et fit une légère courbette face à son ennemi.
"Votre Majesté, je me permet de vous emprunter votre couronne."
Akiro vit les yeux du chef des Canins s'illuminer, emplit d'un orage terrible qui ne se calmerait qu'en assouvissant son besoin de destruction, de sang. 
Il étendit ses mains griffues de chaque coté, comme prêt à implorer une quelconque divinité de le pardonner pour le massacre qu'il allait causer, le bracelet d'or à son poignet droit s'illumina alors et coula le long de son bras, ignorant la gravité, se glissant jusqu'à son coup, en une petit boule d'or qui se projeta en avant et se métamorphosa en une lance de cristal dont le bout servant à frapper se terminait en une large pointe entourée de deux croissant d'or repliés vers l'intérieur comme un W mortel. Cela n'avait pris que deux secondes au bracelet pour se transformer.
Dès que la lance retomba dans ses mains, le roi frappa en une violente rotation Gabriel qui para comme il pût le coup qui le projeta en arrière, le forçant à faire une pirouette pour ne pas tomber.
Les soldats Canin voulurent prendre part au combat mais une puissante main de métal les retint.
"Je suis votre adversaire."
Et la main en question se suspendit quelques instant en l'air, les doigts se replièrent sur eux-même, l'avant-bras prit de l'élan avant de s'élancer droit en avant pour faire s'écraser le poing ainsi formé sur le museau de l'un des gardes qui retomba au sol, sonné.  
Avant que quiconque ne réagisse, l'armure replia à moitié ses genoux, fit pivoter son pieds droit sur le sol et fit suivre aussitôt à son corps le même mouvement de rotation tout en prenant soin de lever sa jambe gauche qui envoya au tapis le pauvre Canin qu'elle percuta.
Le Chinois, replié dans sa cage observait, éberlué, la tournure que les évènement prenaient. En quoi cette couronne était-elle si importante, le collier de rubis devait avoir bien plus de valeur... Les pierres étaient plus nombreuses et plus grosses que sur la couronne, sans être un expert en bijouterie il était facile de comparer la valeur des deux objets.
L'armure avait encore donné un coup parfait sur l'un de ses adversaire qui voltigea sur la cage d'Akiro qui se renversa alors qu'il poussait un cri de terreur. Il n'arrivait plus à garder le contrôle sur les prêtres qui perdirent leur sentiment et se mirent à leur tour à attaquer le garçon à l'épée qui fut rapidement secouru par le samouraï rouge qui dégagea de larges coups du tranchant de la main la zone qui entourait le combat entre celui-ci et le roi des Canins.
Combat extraordinaire car l'un et l'autre n'arrivaient à percer la garde de l'autre pour le toucher, chaque coup donné était paré et seule de légères estafilades de sang s'imprimaient sur la chaire des deux combattant. Ils ne semblaient nullement essoufflés même s'il l'on entendait l'expiration bruyante de l'un et l'autre alors qu'il frappait. Le roi était aussi maître de son arme que Gabriel de la sienne, ce dernier tournoyait, bondissait, alternant vivement chaque extrémité de son arme, s'entourant de spirales floutées de métal à force de jongler tandis que son adversaire tranchait du mieux qu'il pouvait, tentait de planter la pointe de son arme dans le corps du garçon, tournoyait sur lui même, formant une auréole mortelle de deux mètres autour de lui!
Trop accaparé par ce formidable affrontement, Akiro ne vit pas qu'un des soldats s'était réveillé et s’apprêtait à planter son arme pour enfin finir le sacrifice commencé par son chef, ce qui n'échappa pas à l’œil de Gabriel qui, d'un saut, rejoignit la cage et fit un coup latéral qui trancha la tête dudit soldat. Le Chinois ouvrit des yeux choqué en voyant la tête animale tomber devant lui alors qu'une gerbe de sang s'écrasait sur lui, le marquant du rouge sensuel de la mort. Il retint tant bien que mal un vomissement de dégout et réprima du mieux qu'il pouvait le souvenir de sa sœur et celui de Zarnar dévoré par un des monstres de ce monde... Il tressaillit, en voyant une petite marre de sang se former entre les barreaux au sol, le sang du décapité qui n'arrêtait pas de couler par dessus son épaule. Perdant tous ses moyens, Akiro se relâcha complètement et sombra à nouveau dans un mutisme.
Gabriel, lui, n'avait pas perdu de temps, il planta son arme entre la plaque de bois qui avait servi de toit à la cage, et l'un des barreaux puis tira de toutes ses forces, le bois cassa et le garçon aux yeux bridés fut libre, il se glissa rapidement hors de la cage et tenta de s'enfoncer dans un endroit de la tente où il y avait moins de corps et où les combats ne faisaient pas rage.
Il vit que l'armure se démenait au mieux contre les prêtres et les soldats qui avaient réussi à se relever, les occupant comme il pouvait afin de laisser le champ libre à son équipier, mais sans arme, il ne poussait qu’assommer ou frapper jusqu'à ce que mort s'en suive.
Le garçon à l'épée bloqua une frappe verticale de son adversaire, et profita du temps d'inaction du roi pour lui donner un puissant coup de pied dans le thorax ayant pour effet de le faire basculer, tête renversée, en arrière... La couronne s'envola de son crâne, rapidement suivie par Gabriel qui sauta pour l'attraper. Son doigt frôla l'objet de métal, ce qui eût pour effet de faire comme arrêter le temps durant une demi-seconde. Durant ce court laps de temps, l'air trembla doucement, puis de plus en plus fort comme si tout explosait aux alentours...et tout redevint normal. Vif comme il l'était, le roi des Canins frappa du plat de sa lame le crâne du garçon qui s'étala au sol et n'eut que le temps de se retourner pour voir son ennemi, l'arme en l'air, prêt à frapper...
La suite fut incroyable.
Un garçon d'une chétivité telle qu'il tenait à peine sur ses jambes bondi au devant de cette attaque mortelle pour protéger l'autre humain de son corps.
Les yeux d'Akiro luisaient comme jamais, de la volonté de ceux qui tente le tout pour le tout, tentant de percer la carapace de l'âme de cet être sauvage qui lui faisait face.



Pourtant...ce fut son âme qui éclata.     
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