dimanche

Chapitre 1.2:



Angleterre.

"Arrête de me suivre partout de cette manière, t'as l'air d'un crétin de chien!"
"Je suis navré de vous offusquer ainsi, mais c'est monsieur votre père qui m'a donné pour ordre de veiller sur vous."
La jeune fille envoya un coup de poing vers le garçon qui esquiva sans le moindre mal le mouvement en pivotant légèrement son corps.
"Mademoiselle Lindon! Cessez ces niaises pitreries, votre père vous a élevée dans un milieu où les bonnes manières sont censées avoir le dessus sur votre conduite...indécente!" gronda doucement l'adolescent.
"Je t'ai déjà dit de m'appeler Suzanne!! Mon père ne t'a pas engagé pour me faire des leçons de morale, d'ailleurs t'es trop jeune pour pouvoir me dire comment me tenir."
La dénommée Suzanne envoya une pichenette dans le nez de son interlocuteur à l'aide de son index et s'enfuit en courant dans le manoir afin de tenter de semer le garçon.
Celui-ci soupira en la voyant disparaitre dans un couloir... Elle n'avait aucune éducation, ce qui était bien étonnant pour une fille née dans une famille comme celle des Lindon, future riche héritière d'une fortune colossale, on avait bien tenté de lui inculquer les bonnes manières, mais rien n'y fit.
C'était...le vilain petit canard.
Le garçon, prénommé Allen, était lui aussi destiné à un avenir radieux avant qu'il ne décide de laisser tomber ses études pour assurer la tâche de majordome auprès de la famille de Suzanne. Ce choix avait été fait pour la jeune fille, évidemment, mais il s'était interdit tout contact intime avec elle, son devoir devait s'arrêter avant tout à sa protection.
De toute manière, jamais il n'aurait pu avoir un moment agréable avec elle même s'il avait tout fait pour, l'adolescente, si on pouvait encore la considérer comme telle du haut de ses dix-huit printemps, le fuyait comme la peste...
Allen aurait dû se montrer plus ferme envers elle. C'est du moins ce que lui conseillait le chef de la maison quand il lui confiait la tâche ardue qui était de la surveiller.
On aurait pu s'étonner quant à son travail, être majordome si jeune était assez rare, l'on pouvait dire que cela n'était jamais arrivé. Mais le garçon était né dans une famille presque aussi noble que les Lindon et il s'était prêté au jeu de la bonne image respectable, il fut aussi formé à l'escrime afin de pouvoir se défendre s'il devait faire face à un quelconque danger, être riche n'étant pas toujours de tout repos.
Il devint vite la coqueluche de la bourgeoisie anglaise, très prisé par les jeunes filles cherchant un bon parti, car en plus d'être parfait intellectuellement ou presque, il était doté d'un corps qui ne laissait pas indifférent la gente féminine: une chevelure mi-longue d'un blond comme l'or répandus équitablement sur toute sa tête, des yeux sombres dont la couleur était difficilement discernable mais dont aurait penché soit pour le marron soit pour le noir; sa puberté étant déjà bien entamée, quelques poils commençaient à lui pousser au-dessus de la lèvre supérieure, lui conférant une virilité à laquelle il était dur de résister. Sa peau était quelque peu bronzée, souvenir de ses nombreux voyages avec sa famille dans le monde entier. Son corps était fin et à la fois musculeux, on sentait qu'il était capable de tenir certaines épreuves de forces et de souplesse. Un homme quasi idéal si l'on écoutait les rumeurs.
Mais, infamie du destin, coup du sort malicieux, il s'était épris d'une fille qui ne semblait éprouver que de la haine pour lui, des cheveux noirs en cascade posés sur une tête de poupée aux yeux bleutés, un nez aussi fin que le raffinement pouvait l'être, et même si l'adolescence n'avait pas encore eu raison de son corps, la laissant sans les formes tant appréciées des don Juan et autres rustres, elle avait en elle l'harmonie parfaite de la douceur et de la rage qui en faisait une personne mystérieusement attirante.
Allen rêvait encore d'elle quand il se rendit soudain compte qu'il avait laissé à la jeune fille une trop longue avance, et partit à sa poursuite à travers les longs couloirs de la bâtisse.
Elle n'avait que très peu de bonnes cachettes mais débordait souvent d'imagination pour en trouver de nouvelles, défiant parfois les lois de l'univers en rentrant dans des espaces si exiguës qu'il aurait été difficile d'y faire rentrer plus grand qu'un chien domestique. Il frissonnait chaque fois qu'il imaginait ce qui aurait pu arriver à la jeune fille s'il n'avait pas pensé à vérifier dans le lave-linge si elle ne s'y trouvait pas.
Parfois, dans le meilleur des cas, elle n'avait tout simplement pas envie de se cacher et partait s'enfermer dans sa chambre... Dans ces cas-là, l'adolescent n'était qu'à moitié rassuré, il la savait au moins en sécurité, mais que pouvait-elle bien y faire?
Arrivé devant la porte de la pièce en question (il vérifiait toujours ce lieu en premier), il toqua trois coup afin de signaler sa présence.
D'habitude, quand la jeune femme se trouvait dans sa chambre, elle l'accueillait d'un simple "va te faire foutre!" mais étonnamment, cette fois-là un agréable "entre donc cher Allen" se fit entendre...
Guère rassuré pour autant le garçon risqua un œil à l'intérieur et vit sa protégée regardant par la fenêtre d'un air songeur. Elle était belle dans son jean bleu-gris peut-être un peu trop serré pour elle et son débardeur noir qui était par contre plutôt large.
"Approche." ordonna-t-elle d'une voix plate.
Qu'allait-elle faire? C'est la première fois qu'elle le laissait entrer ainsi dans sa chambre.
Il en profita pour lancer un regard circulaire pour détailler la pièce. La chambre de princesse à laquelle il aurait pu s'attendre était en fait un genre d'enfer, tapissé de posters de groupes de musique à moitié nu et au visage grimaçant, certains ayant le visage masqué par des reproduction de têtes monstrueuses ayant parfois des références sataniques. Sur le sol était dispersé des feuilles de papier couvertes de graffitis, il y avait dû y avoir quelque chose en dessous que Suzanne avait voulu cacher.
Il sursauta quand il comprit qu'il avait failli bousculer celle-ci en avançant sans regarder où il mettait les pieds.
Sentant sa présence, elle se tourna brusquement vers lui et le regarda dans les yeux, laissant planer un lourd silence qui ne présageait rien de bon au garçon, qu'allait-elle encore faire?
"Tu m'aimes n'est-ce pas? Le premier jour quand t'as été voir mon père pour être engagé ici, tu lui as dit... Tu veux être à mes côtés, pour me protéger." demanda-t-elle.
Pris de court par la question, Allen chercha en tête une réponse qui lui permettrait de s'en sortir dignement mais il n'en eut pas le temps car l'adolescente lui attrapa le menton et l'attira vers elle, non, précisément elle approchait sa bouche de la sienne!
Une foule de pensées contradictoires s'enchainèrent dans la tête du pauvre garçon qui ne savait pas du tout quelle réaction avoir, il ne pouvait que se laisser faire, sa tête avançant contre sa volonté, ou presque, vers l'être qu'il aimait plus que tout.
Quand les lèvres se rencontrèrent, il crut que son cœur avait lâché car durant une demi-seconde il s'arrêta. Le silence fut total autour de ces deux personnes qui s'enlaçaient dans un baiser passionné, où chacun goutait à un plaisir qui lui était encore inconnu, s'étant réservé pour celui vers qui les sentiments, les vrais, se tourneraient.
Mais tout fut brisé lorsque Suzanne se libéra:
"Haha! Je t'ai eu! Tu crois vraiment que je peux avoir des sentiments pour toi, abruti? Tu n'es pas du tout mon genre. Je voulais m'amuser un peu avec toi."
Allen regarda la jeune fille stupéfait, c'était sans aucun doute une incarnation du diable qu'il aimait. Pendant une fraction de seconde un voile de tristesse passa sur son visage, une tristesse muette, la pire, celle que l'on cache mais qui vous met le cœur en charpie.
Suzanne le vit mais lui ne remarqua pas la culpabilité mêlée à une terrible tristesse passer sur le visage de la jeune femme.
Tout à coup les lumières s'éteignirent, la nuit s'étant levée depuis un bon moment, les deux jeunes gens se retrouvèrent plongés dans le noir.
Leur regard se tournèrent vers la fenêtre par laquelle on pouvait voir le ciel s'embraser comme s'il était de papier; inconsciemment, la main gauche de Suzanne se glissa dans la main droite d'Allen qui la serra alors qu'autour d'eux, le manoir explosait dans un vacarme assourdissant.


                                                               ***


Suzanne ouvrit ses yeux océans sur un monde qu'elle ne connaissait pas. Une multitude d'arbres l'entourait et à côté d'elle était allongé Allen, inconscient, dans son costume qui le faisait ressembler à un manchot. Elle tenait encore sa main.
Un ange passa alors qu'elle observait ses doigts enlaçant les siens, et elle ne put que sourire tristement en la lâchant doucement.
Elle se redressa sur ses jambes étrangement endolories et observa mieux les alentours...
Où est-ce qu'ils avaient bien pu tomber?
Elle se rappelait vaguement une explosion et une grande vague de chaleur mais c'était à peu près tout. Son regard se porta à nouveau sur l'adolescent, tout comme son pied lorsqu'elle lui shoota dedans afin de le réveiller.
"Debout! Toi qui voulais me protéger, tu vas pouvoir faire tes preuves."
Réactions :

2 commentaires:

  1. Rebonjour,

    C'est donc un roman post-apocalyptique...
    Je suis content que les descriptions soient un peu plus développées.

    Je vais de ce pas lire la suite

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  2. Au début j'ai voulu mettre une ambiance un peu apocalyptique mais mon roman se tournera plus ensuite vers le heroic fantasy.

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